Raphaël A. Lévy

L’HOMME QUI VOULAIT CHANGER LE MONDE – le roman

 

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LE ROMAN
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RAPHAËL A. LÉVY

 

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RAPHAËL A. LÉVY -  AUTRES ROMANS

 

ALGER...ALGER... (non publié)

 

           Alger... Alger... raconte mon enfance à Alger. C’est une fresque sociale, où se mêlent rires et larmes, noblesse et bassesse, sur toile de fond historico-politique évoquant la période révolutionnaire algérienne des années 50. L'histoire se déroule particulièrement durant l'été 1955, dans un quartier populaire de la ville d'Alger, alors capitale de l'Algérie Française. La rue Boutin semble être à l'abri de tout danger et peu concernée par des préoccupations politiques ou nationalistes. Car, ici vivent harmonieusement trois communautés : les musulmans, les catholiques et les Israélites. Les adultes forment un bel échantillonnage de ce que l'humanité pourrait présenter dans ses caractères : une mosaïque de personnages oisifs ou travailleurs, évoluant ou s'agitant dans une atmosphère quasi foraine, insouciants dans leur pauvreté ensoleillée, certains ignorants, d'autres confiants quant à la tournure des événements : la France ne peut pas perdre l'Algérie Française. Et, ô suprême cure de rajeunissement : on côtoie la bande d'enfants de ce quartier, ces fils du soleil et de la mer qui n'ont pour lieu de réunion qu'une entrée d'immeuble, pour terrain de jeu leur rue où ne passerait pas une charrette, et pour lieu de colonie de vacances le port. Leur unique souci : passer le plus agréablement possible, et sans un sous en poche, leurs longues journées et soirées d'été qui s'étirent comme un "interminable ruban bleu". Mais l'été 55 les fera tous basculer dans l'horreur du drame algérien. C'en est fini de leur paradis terrestre. Très vite, la plupart des ces grands et petits personnages sont happés par des événements tragiques, intérieurs et extérieurs, venant éclabousser et salir leur quartier jusqu'alors épargné. Quant au fil conducteur de l'histoire, le musulman Rachid Tafirout, humble travailleur de la mer, vivant en marge de tout et de tous, confiné dans sa petite et paisible cellule familiale, se fait piéger dans la spirale révolutionnaire. Il deviendra, malgré lui, le héros et la victime d'un destin qu'il était loin de prévoir.

*


ALGER...ALGER...

(extrait du chapitre 23)

 

... Rachid, rivé à son volant, ressentit très vite la fatigue  peser sur ses épaules et sur sa nuque. Entre ses paupières mi-closes, il voyait s'agiter des “jnouns”, des démons drapés de cotonnades sombres, et flottant au-dessus d'une horde de chevaux sauvages, blancs comme neige... Puis les cavaliers éthérés tirèrent des salves de balles dans un ciel flamboyant et leurs longs mousquets se transformèrent en longues branches de palmier. Était-ce le mirage, en pleine nuit, d'une lointaine et fabuleuse fantasia ? C’est dans un état second, qu’il rangea sa camionnette à une croisée de chemins. Il ferma les yeux et sombra dans un profond sommeil. Quand il les rouvrit, sa fatigue avait disparu. Sa montre lui indiqua qu'il avait dormi un peu moins d'une heure.

Les étoiles avaient envahi le toit céleste. Rachid  ne  songea   pas  à les admirer, sur les monts des Ouled Naïl. Il sortit du véhicule et leva la tête. Plus il les regardait plus elles croissaient et  se multipliaient, jusqu'à esquisser des continents et des mers. Par banquises entières, des poussières d'étoiles viraient au bleu, puis au jaune, puis au blanc. Vibrantes, haletantes, elles  semblaient vouloir gagner la terre. Mais elles ne jouaient de leurs pulsations colorées que pour illusionner Rachid, alors qu'elles trônaient et stagnaient dans l'infini.  Toutes ailes déployées dans le firmament, l'étoffe astrale, constellée de diamants, planait au-dessus des hauts plateaux. Rachid perçut le chant des nébuleuses. Il leva encore plus haut la tête et alla au-devant des filles messagères de la nuit, ces fidèles compagnes qui, depuis le commencement des temps siégeaient toujours au même endroit. Rachid entrevit un équilibre dans le néant, dans ce noir bleuté où des lointains soleils  flottaient avec la légèreté d'un grain de sable.

   Vers quatre heures du matin, le  ciel  se révéla  d’abord sous  un aspect gris et fade. Rachid roulait à vitesse maximum. Il éteignit ses phares. Aucune voiture ne le croisa.  De grands arbres balisaient la route. Le jour se levait. Des flammèches  rouges surgirent et s'infiltrèrent entre les sombres laines d'une rangée de cyprès, dont les ombres s'étiraient  jusque sur le maquis arborescent. Puis des flammeroles titillèrent les cimes frissonnantes des grands arbres. Soudain, à sa droite, des branches, secouées par une brise matinale, firent paraître des morceaux de braises : à l'est, derrière les montagnes du Djurdjura, le soleil entamait son ascension. Il chassait les derniers vestiges de la nuit et rétablissait l’azur dans sa suprématie. De chaque côté de la route, alternaient à perte de vue des champs de hautes herbes vertes et blondes, délimités par des haies de roseaux échevelés, comme d'épaisses fourrures mollement coiffées par le vent. Passant par Douera, Rachid reconnut des sites familiers. Ici, un tournant bordé de buissons où foisonnaient les baies sauvages et les lentisques. Là, des peupliers badigeonnés de chaux à leur base, courbaient tout en haut leurs branches qui formaient entre elles une profonde tonnelle de feuillage. Ces colosses sans histoire, malmenés par les vents, les pluies, la foudre et le soleil, affrontaient le temps avec patience...

*

 

VINGT-ET-UN JOURS AILLEURS, (en instance de publication)

Vous êtes persuadé d'avoir raté votre vie ?

Un enfant vous fera changer d’avis !

Vous avez dépassé la cinquantaine et vous êtes seul. Votre carrière, votre vie privée, votre famille, tout semble vous glisser entre les doigts… Le bilan n'est pas rose, et vous vous penchez sur votre passé, en allant pèleriner sur les lieux de votre enfance, passer vingt et un jours ailleurs… Le passé et le futur se rencontrent au présent. Vous vivez alors une aventure extraordinaire : votre quartier, votre rue sont là, tels qu'ils étaient il y a 40ans… Et un enfant de 13 ans, avec lequel vous vous liez d'amitié... Vous l’exhortez à ne pas s'engager dans la voie que vous avez choisie, tandis qu’il vous convainc du caractère exceptionnel de votre itinéraire…

Une auto-psychanalyse qui vous réconciliera avec vous-même.

 

(extrait du chapitre12)

 

...Myriam le conduit à une centaine de mètres plus loin, devant un parterre de fleurs saisonnières. Elle retire une photo de son sac :

- Je ne m’en sépare jamais… Voyez, il commençait à peine à marcher. Nous l’avions emmené chez un photographe. Nous pensions qu’il valait mieux lui retirer cette orange dont il ne voulait pas se séparer. Nous avions essayé, en vain… Je crois me souvenir qu’il n’avait jamais autant pleuré. Finalement, il a gardé cette orange… Voyez son regard, ne trouvez-vous pas qu’il y a une tristesse et une inquiétude bouleversantes ?

- Oh que oui, madame…

« Vous voyez ce bouquet de bougainvilliers, au centre ? Eh bien, c'est là qu'il a enterré son canari… Il avait planté une petite croix, à côté…  Mais depuis le temps, le jardinier a dû l'enlever… ». Fabrizio lui fait remarquer le caillou marbré posé en cet endroit. Oui, elle s’en souvient, son fils l'avait placée là en guise de stèle funéraire… Elle poursuit  Sa sœur a eu un poisson rouge qu'ils ont appelé Ulysse. Quant elle l'a trouvé mort dans son bocal, il a exigé que nous l'accompagnions à l'arrière-port… Là, il l'a mis à l'eau, nous avons observé une minute de silence et il lui a rendu les honneurs de la guerre en le saluant. C'était il y a trois ans… Depuis, il n’a plus voulu d’animal à la maison… Il tient un journal et il y trace la courbe de ses joies et de ses tristesses… Il se gargarise de maximes, bien trop sérieuses pour son âge. On peut lire dans sa chambre, au-dessus de son bureau, une citation d’Albert Camus : La seule chance de survie au malheur est de tourner au tragique… À son âge ! Son père et moi, nous en sommes consternés…

- Qu’attendez-vous de moi ?

- Je me le demande, finalement… Quelle présomption ! Comment puis-je espérer que vous détourneriez mon fils de ses utopies ?… Il doit rentrer en octobre dans une école d’ingénieurs, alors que vous êtes tout ce qu’il voudrait être ! C’est absurde.

- Pas si absurde que cela… Des enfants comme le vôtre, il y en a des milliers de par le monde, même si chaque enfant est unique en soi. Peut-être… devriez-vous vous pencher sur les raisons qui ont fait de lui ce petit être à part… À ne pas en douter, il est doté d’une sensibilité peu commune… Dans la vie, tout se joue avant cinq ans. Je n’invente rien, les psychologues le disent…

 

Et Fabrizio glisse insensiblement sur la pente de sa propre histoire. Il ne se doute pas un instant des conséquences de sa maladresse à vouloir faire passer sa confession pour celle de quelqu’un d’autre, alors qu’il raconte un épisode de son enfance, donc de celle de Brizi. Malgré la transposition de quelques détails, le subterfuge, loin de berner Myriam, ne fait que ressurgir une douleur du passé ; en ce souvenir d'un fils sevré trop tôt de l'affection de ses parents naturels…

« Oh, monsieur, mais il s'agit là de mon fils ! C'est son histoire, c'est lui qui vous l'a racontée… C'est lui, n'est-ce pas !… affirme-t-elle en pleurant. Nous l'avions placé dans une famille d'accueil dans le Sud, pour des raisons de santé. Des gens bien, avec des enfants, dans une ferme… Comment pouvions-nous imaginer qu’il ne serait pas heureux, et qu’il ne se serait pas habitué à ses parents adoptifs ? Les médecins nous avaient assurés qu’un enfant s’intègre facilement dans une cellule familiale, du moment qu’il est entouré d’affection… Cette famille n’a pas été à la hauteur, et je ne l’apprends qu’aujourd’hui, de la bouche d’un… excusez-moi, d’un étranger ! Dieu, ce que nous avons manqué de discernement !… »

Myriam Conti est effondrée. Fabrizio, non moins bouleversé, lui offre son bras et ils vont s’asseoir ailleurs, à l’abri des regards indiscrets. Il tourne la tête, ne pouvant soutenir le regard noyé de larmes de sa mère. « C’est son histoire, son histoire ! poursuit-elle. Il vous a tout raconté… Mon mari allait le voir tous les ans. Un hiver, c'est moi qui suis allée… Il avait six ou sept ans… J'étais enceinte de ma fille Émilie… J'y suis restée deux semaines… Le dernier soir, il a tenu à ce que je dorme dans son lit… Il s’est serré contre moi, toute la nuit… Quand il m'a fallu partir au petit matin, je m'en souviens, il faisait très froid, j'ai voulu raviver le feu du poêle et la bûche m'est tombée des mains… Mon petit s’est redressé soudain, comme mû par un ressort, et il a sauté sur mon dos, il s'est agrippé à mon cou de toutes ses forces, en sanglotant. Il était terrorisé, comme s'il se noyait, j’étais sa bouée de sauvetage… Je n'ai pas compris, j'ai été sotte, inhumaine… Comme ai-je pu partir, ce matin-là… alors qu’il m’appelait : «  Maman… maman !… »

Fabrizio se doit d’endiguer la douleur de Myriam, en larmes et anéantie. Il n’a pas le sentiment de mentir en improvisant, et en s’efforçant d’être persuasif :

- Non, non !… Il ne m'a rien raconté de tout ça, je vous le jure… Je vous l’ai dit, partout dans le monde des milliers d'enfants vivent ce genre d’histoire. La mienne, et celle de votre fils sont une coïncidence…

- Peut-être me dites-vous la vérité… Mais je l’ai tout de même abandonné.

- Vous ne pouviez pas faire autrement, puisqu’il était malade… regardez-le, maintenant, c’est un jeune homme plein de fougue.

- Il en a sûrement gardé quelques séquelles, qu’est-ce qu’on en sait ?

- Moi, je peux vous garantir que c’est trè solide un bonhomme de la trempe de votre fils.

- Vous allez lui parler ?

- Ne vous inquiétez pas, pour cette école. Il ira et ce sera un bon élève.

« Oh, merci, vous êtes un ange !… » dit-elle, enfin rassérénée, et en s’épongeant les yeux. Vous, vous avez énormément souffert, n’est-ce pas ? Excusez-moi, mais je l’ai senti le soir de la première, dès que vous êtes entré sur la piste, ne me demandez pas pourquoi… Vous êtes un homme seul… Vous l’avez toujours été… ». Fabrizio ne répond pas, mais convaincu de pouvoir dissocier son histoire de celle de Brizi, il évoque comment la nuit, enfant, il s'endormait la tête orientée vers le Nord, en direction de sa ville natale… Comment il s'inventait des sœurs et des frères quand, autour de lui, des gamins de son âge se vantaient d'en avoir sous leur toit… Il mentionne ses châtiments corporels, ses privations, ses humiliations…

Myriam couvre son visage de ses mains. « Nous ne savions pas, nous ne savions pas… », balbutie-t-elle, rattrapée par son chagrin et parce que l'enfance de cet homme se confondait tellement avec celle de son fils… Submergée de compassion, elle l’étreint et l’embrasse, cédant à son pur instinct maternel…

Myriam et Fabrizio se regardent avec l’aisance de deux personnes ayant confiance l’une en l’autre. Elle entr’ouvre les lèvres, hésite un instant puis dit avec contentement :

- Je suis enceinte de mon troisième enfant… Curieux que je vous l’annonce à vous d'abord, avant mon mari…

- Il vous rend heureuse ?

- Oui… Je veux plein d'enfants de lui. C'est un homme admirable, secret, mais si bon, si généreux… envers tout le monde.

- Appelez votre fille Bétia… Si c'est une fille…

- Oh, vous ! Votre métier de magicien vous réussit ! Mon mari voudrait qu'on l'appelle comme ça. Il a une sainte admiration pour Bétia la nièce du Pharaon. C'est elle qui a recueilli et élevé Moïse…

 

Fabrizio revient de la buvette d’où il est allé chercher deux Orangina. Ils aspirent leur boisson à l’aide d’une paille, face à face, l’air amusé, comme deux amis à l’issue d’une épreuve commune difficile. Elle le remercie et rit, en lui signalant que son fils a le même tic que lui, ce geste de remettre en place une mèche de cheveux, sans que ce ne soit nécessaire.  Elle lui demande s'il aime son métier, avouant qu'elle avait constaté son embarras lors des applaudissements du public. Il reconnaît la justesse de ses observations. Sa profession véritable, c'est la réalisation de films. Mais, depuis deux ans, il ne se consacre qu'à l'écriture, une sorte de retraite, là où il n’a de comptes à rendre à personne… Elle serait désireuse de lire ses œuvres. Il confesse et déplore qu’aucune n'a été publiée encore. Le seront-elles jamais ? Deux pièces de théâtre, et trois manuscrits végètent dans ses tiroirs. Son instinct maternel perçoit dans les yeux du magicien un vécu haut en couleurs nimbé de force tranquille. Et, posant affectueusement sa main sur son bras, elle lui prédit solennellement que ses romans trouveront très prochainement leur public, s'il persévère… Elle en est persuadée.

Elle parle de Brizi qui lui aussi nourrit, entre autres, l'ambition d'écrire, quand il sera grand. Ses poésies et ses nouvelles sont fort prometteuses. Le danger est qu’il excelle en arts, en lettres et en travaux manuels. Il a tendance à se disperser. Elle a lu ses sonnets qu'elle sait être adressés à Jacqueline, cette jolie et sensuelle jeune fille qui se fait les griffes sur son naïf et idéaliste de fils… La communion de Myriam et de Fabrizio se poursuit sur fond de lointains bruits du village qui s’évaporent dans le bleu du ciel. Myriam a un sourire navré de mettre un terme à ce moment privilégié que tous deux aimeraient prolonger. Elle se lève, parce qu’il lui faut rentrer chez elle. Il l'accompagne jusqu'à l'arrêt du tramway et il décide de pousser plus loin sa visite des environs…

 

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L’ARCHANGE DÉCHU, en cours d’écriture :

 (l’histoire d’une descente aux enfers... qui guette chacun de nous)

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